Les idées reçues sur le Yukon ont la vie dure ! Quand nous avons annoncé à nos copains de Vancouver notre déménagement à Whitehorse, les réactions ne se sont pas fait attendre. D’un côté, nous avions nos amis expatriés et voyageurs dont les yeux se mettaient à briller d’envie, de l’autre les Vancouverois pure souche qui nous demandaient avec pitié – voir effroi – si c’était pour le boulot et comment nous vivions cet horrible nouvelle (j’exagère à peine).

Adulé par les uns pour ses promesses d’aventures, redouté par les autres pour son isolement, le Yukon laisse rarement indifférent (à condition de savoir que ça existe, certes). Alors, est-ce qu’on mange mal au Yukon ? Est-ce qu’il y fait tout le temps noir ? Est-ce qu’il y a du Wi-Fi ? Dans cet article, je démêle le vrai du faux et bats en brèche cinq idées reçues sur le Yukon.

Lac Emeraude au Yukon
Et non, il n'y a pas que de la neige, au Yukon.

Idée reçue #1 : on mange mal au Yukon

« Le Yukon ? Vous allez tellement mal manger. » Va savoir pourquoi, c’est le commentaire que nous avons le plus souvent entendu à Vancouver avant de partir. On nous a dit que le moindre paquet de chips coutait 10 $, qu’il n’y avait pas de fruits, pas de légumes, que les restaurants étaient horribles. Bon. Il semblerait que les gens nous ayant dit ça n’aient jamais mis les pieds à Whitehorse. Il s’agit d’une ville tout à fait « normale ». La plupart des grandes enseignes y sont présentes : Superstore, Save-On-Foods, Independant, Walmart, et les prix sont exactement les mêmes qu’à Vancouver (c’est-à-dire chers selon les standards européens).

À côté de ces mastodontes de l’agro-alimentaire, il existe quelques épiceries spécialisées dans les aliments sains et bio, comme Riverside Grocery, ou dans les viandes et charcuteries, comme The Deli. Il y a une délicieuse boulangerie : Alpine Bakery, qui propose des paniers de légumes et de fruits bio chaque semaine. The Gourmet offre quant à lui une large sélection de produits français et européens, tandis que Cultured Fine Cheese se spécialise dans les fromages de qualité.

Au niveau des restaurants également, Whitehorse n’est pas à plaindre ! Certes, ce n’est pas Vancouver, encore moins Montréal ou Paris, mais il y en a pour tous les gouts avec près de 70 adresses recensées sur TripAdvisor. Que vous cherchiez un bon burger dans un bar, un ramen à emporter, une cuisine mexicaine familiale ou une expérience culinaire raffinée, vous trouverez votre bonheur. Pour une liste complète de mes restaurants préférés, je vous conseille de lire mon article sur les activités à faire à Whitehorse en hiver. J’y indique quelques jolies adresses.

Cabane à sucre
Et si on se sucrait le bec ?

Idée reçue #2 : il fait noir et froid. Tout le temps. Rien ne pousse. Tout le monde meurt.

« Vous allez avoir tellement froid ! Vous êtes équipés ? Vous allez faire comment, en hiver ? » À entendre certaines personnes, le Yukon est un village survivaliste, perdu sur la banquise, emprisonné dans un espace-temps polaire apocalyptique. Bon, on ne va pas se mentir : il ne fait pas chaud en hiver. Les températures descendent parfois jusque -40°. Pas -40° ressenti. Un vrai -40°. Celui qui te permet de lancer de l’eau bouillante en l’air et de la voir s’évaporer avant de toucher le sol. Celui qui te gèle les cils et les cheveux instantanément.

Donc oui, il fait froid. Mais en fait, étrangement… ça va ! Un vrai « ça va », affirmé par une citadine adepte des fortes chaleurs. Il fait sec, ce qui rend le froid supportable. J’ai eu plus froid à Montréal par -17° qu’à Whitehorse par -30°. Et puis, oui, on est équipé : doudounes, pantalons de ski, moufles, sous-couches en laine mérinos (si vous voulez quelques conseils à ce sujet, c‘est par ici). Ce qui nous permet de faire un tas d’activités même en plein hiver : randonnées en raquette, ski de fond, snowboard, chien de traineaux, etc. Concernant la noirceur : oui, c’est vrai que les journées sont (très) courtes en hiver. En décembre, par exemple, le soleil se lève vers 9h45 et se couche à 15h45. Mais la lumière est absolument magique ! Tout est baigné de rose, d’orange, de rouge.

Et puis… L’hiver ne dure que l’hiver. Quand je suis arrivée au Yukon, en automne, les gens ne cessaient de me répéter : « Oh, quand tu verras l’été au Yukon, tu ne voudras plus repartir. » C’est vrai. Dès le mois de mai, les montagnes se couvrent de fleurs, les rivières jaillissent, les gazouillements des oiseaux remplacent le silence. En juin, le soleil ne se couche plus vraiment. On sent l’effervescence s’emparer de la ville, tout le monde déborde d’énergie. Partir pour une randonnée de 20 kilomètres après le boulot ? C’est possible ! En juillet et aout, les températures montent jusque 25°, offrant de belles et chaudes journées.

Miles Canyon en hiver
Les journées sont courtes mais la lumière est magique.

Idée reçue #3 : on s’ennuie quand même un peu, non ?

« C’est mort, culturellement, le Yukon. Vous qui aimez les arts et la vie nocturne, vous allez détester. » Et bien, toute proportion gardée, Whitehorse n’a pas à rougir de sa programmation culturelle. Bon, là, c’est COVID-19, donc forcément on s’ennuie un peu. Mais en temps « normal », vous trouverez presque chaque soir des occasions de vous divertir : concerts dans l’une des nombreuses salles de la ville ou au Centre des Arts du Yukon, théâtre au Guild Hall, expos à Arts Underground, événements en tous genres en français à l’Association franco-yukonnaise.

La vie artistique yukonnaise est très riche et de nombreux spectacles nationaux et internationaux viennent se perdre jusqu’ici pour une ou deux représentations. Bref, il y a de quoi faire ! Côté sorties également, avec de nombreux bars (pas toujours bien fréquentés mais qu’importe) et quelques festivals sympas en été. Bon, tout ferme à 2 h du mat’, mais ça, c’est le Canada.

Bien entendu, comme le dit le dicton local : « Le pire ennemi de la culture, c’est la nature. » Nous avons beaucoup moins envie de trainer dans les bars et les expos avec tous ces paysages magnifiques qui ne demandent qu’à être explorés.

Vue depuis notre Ford Escape
Le cinéma à la yukonnaise.

Idée reçue #4 : professionnellement, c’est la zone. Il n’y a même pas de Wi-Fi !

Je me dois de clarifier ce point rapidement : il y bien du Wi-Fi à Whitehorse, de la 4G, tout ça. Tout va bien. Whitehorse est une ville normale (je l’ai déjà dit, mais je répète pour être certaine). Bon, c’est vrai que ça se corse un peu si on sort de la ville. Mais a priori, pour travailler, vous serez dans le centre-ville et donc connecté au monde moderne. Comment je ferais pour passer ma vie sur Instagram, sinon ?

Et ce n’est absolument pas la zone ! Le Nord canadien est une région en pleine expansion, notamment dans les secteurs du tourisme et de la construction. Le Yukon a le plus faible taux de chômage et le plus haut taux d’activité au Canada. Bien sûr, tout dépend de votre domaine : si vous travaillez dans un secteur de pointe, ce sera moins facile. Whitehorse reste une petite ville. Mais ce côté « village » peut avoir de réels avantages : vous trouverez facilement des gens prêts à vous aider à décrocher un job ou à créer votre entreprise, comme Yukonstruct.

Rendez Vous Yukon
Les occasions de faire la fête ne manquent pas à Whitehorse.

Idée reçue #5 : va falloir parler anglais

Nombreux sont ceux qui pensent que la francophonie canadienne, c’est le Québec. Pantoute ! Près d’un million de francophones résident dans les autres régions du Canada. Au Yukon, le français est la première langue de près de 5 % de la population, et près de 14 % le parle couramment. Ce qui place le Yukon au rang de 3e région la plus bilingue du Canada ! La communauté francophone est soudée et fière de sa culture et les activités en français ne manquent pas. Se faire servir en français est possible dans toutes les administrations (même s’il faut parfois insister un peu).

Bien entendu, plus de 80 % de la population parle anglais. Si vous souhaitez élargir votre cercle d’amis et augmentez vos chances de trouver le job de vos rêves, mieux vaut pratiquer un minimum la langue de Shakespeare.

Voilà. Si vous devez déménager à Whitehorse pour le boulot, et que vous amis vous regardent avec pitié, vous saurez dorénavant quoi leur répondre !

J’espère que cet article vous aura donné envie de venir visiter notre belle région. Vous voulez en savoir plus sur la vie quotidienne à Whitehorse ? Jetez un œil sur cet article. Et pour en savoir plus sur mon arrivée au Yukon, lisez Nos premiers pas à Whitehorse.