Julie, une fois

Julie, une fois

Todi-sol-voye, comme dirait ma mamy.

Birmanie

La Birmanie

La Birmanie, c’est le rouge des crachats de betel sur le sol, l’or des stupas majestueux, le jaune du thanakha sur les joues des femmes. C’est la brume qui englobe…

La Birmanie, c’est le rouge des crachats de betel sur le sol, l’or des stupas majestueux, le jaune du thanakha sur les joues des femmes. C’est la brume qui englobe le jour qui se lève, la lumière blanche du matin et les reflets orangées du soir. C’est le vacarme des moteurs à bateaux, les klaxons polis, les “Mingala ba”, les signes de la main et les rires gênés des Birmans qui ne me comprennent pas.

Les temples de Bagan

C’est l’odeur de l’encens, des feux de bois, du poisson séché. C’est le froid glacial de l’air conditionnée dans les cars et les standards occidentaux repris en birman, à plein volume. Ce sont les arrivées en pleine nuit et les départs à l’aube. C’est le bruit de la balle de chinlone qui rebondit entre les pieds des joueurs, c’est la voix des moines scandant leurs prières, retransmises par de puissants hauts parleurs.

Ce sont les dauphins qui jouent dans l’Irrawaddy, au soleil couchant, les petits singes qui quémandent bananes et épis de maïs devant les temples, les chauves souris qui s’envolent par millier à Hpa An, les buffles qui se laissent nonchalamment monter.

C’est le chuchotements et la ferveur des fidèles dans les pagodes, les files de moines qui partent chaque matin mendier leur nourriture, les petites nonnes toutes de rose vêtues. C’est la dextérité des pêcheurs du lac Inle, qui manient leur rame avec leur pied, l’habileté des vieux hommes tressant les feuilles de palmier et celle des femmes tissant le coton.

C’est le vert délavé des bâtiments coloniaux laissés à l’abandon, le bleu intense du ciel, le jaune des rizières asséchées, le noir des montagnes karstiques, les longyi de toutes les couleurs. C’est l’odeur des fleurs de lotus. C’est le silence de la nuit et la splendeur des étoiles à Kalaw. Ce sont les poissons tropicaux de Ngapali.

Kalaw

C’est le roulis du train, qui se balance de haut en bas, de droite à gauche, entre Moulmein et Rangoon. Ce sont les yeux émerveillés des enfants qui découvrent les drones et les filtres snapchat. C’est la surenchère des bouddhas “le plus grand”, “le plus beau”, en bois, en pierre, en or, debout, assis, couché. C’est l’eau que je verse sur les statues de cochons d’inde, mon animal porte bonheur. C’est le sucré souvent salé, le salé parfois sucré, le goût de la poussière et de la nouveauté.

C’est la chaleur de la main de Séra dans la mienne et celle, implacable, du désert. C’est la bêtise de certains touristes, abimant les temples en essayant de les escalader. Ce sont les routes cabossées, les coupures d’électricité, les réseaux téléphoniques incertains. C’est l’odeur âcre et sucrée des cheerots fumés par les femmes et le clignotement des guirlandes colorées ornant indifférement temples ancestraux, palmiers et devantures de magasins.

C’est l’élégance pudique des jeunes filles sous leur ombrelle et le rentre-dedans des vendeuses de souvenirs. C’est le jus de cannes à sucre fraîchement pressées et le thé au lait, les citrons, ananas, mangues et pomelos, les cacahouètes, la brûlure des piments et la douceur de l’avocat. C’est les cohortes de femmes portant sur leur tête bassines et paniers emplis de choux fleurs, courges et mandarines. C’est Georges Orwell et Aung San Suu Kyi.

Ce sont les liasses de dix milles kyats, les repas pour moins d’un euro et les vols en montgolfières à 300 dollars. Ce sont les Chins, les Shans, les Karens, les zones interdites d’accès, l’invisible et omniprésent contrôle de la junte militaire et le silence entourant les soupçons de génocide, au Nord. C’est le kitsh et la mignonnerie, les clips et les temples hindous, les “where do you come from?”, les trishaws et les bicyclettes hors d’âge. Ce sont les sourires éclatants des enfants et ceux rongés par le betel de leurs aînés.

Inle Lake

Ce sont les tongs qui s’amassent à l’entrée des lieux sacrés et le froid des pierres sous les pieds. C’est le baume du tigre qui apaise les piqûres de moustiques, les carioles à poneys, les chars à bœufs, les palais en teck et les maisons en bambou. Ce sont ces bouddhas à Inle, tellement recouverts d’or qu’ils ont fini par rassembler à des boules, ces billets de banque jetés dans une fontaine à souhaits, et le plus gros tas de briques du monde à Mingun.

Ce sont les “préposés aux touristes” dans les gares, la prévenance parfois pesante des locaux, les regards enjôleurs des jeunes hommes, la délicatesse des visages et des gestes. Ce sont les pierres posées à la main par les femmes sur les routes et les enfants qui récoltent les bouteilles en plastique pour gagner quelques sous. Ce sont les Myanmar partagées devant la guesthouse, les cris des geckos et les toiles d’araignées, l’essence dans des bouteilles en plastique sur le bas-côté.

Amour et mignonnerie

C’est la beauté.
La simplicité et la magie.
L’instant et le moment.
Le temps et la lumière.
La Birmanie appartient aux rêveurs.

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